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Publié le 02.09.2026
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Besançon, la ville des hôtels particuliers

À Besançon, certaines des plus belles architectures se découvrent une fois la porte cochère franchie. Depuis la rue, une façade s’inscrit dans la continuité du centre ancien. Derrière elle apparaissent une cour, un escalier, plusieurs corps de logis et parfois un jardin. La ville révèle alors une dimension plus intime. Cette profondeur constitue l’une des particularités du patrimoine résidentiel bisontin. L’Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté a étudié 82 hôtels particuliers dans le centre historique, au sein d’un ensemble de 250 demeures. Une présence remarquable qui raconte plusieurs siècles d’évolution de la ville et des manières de l’habiter. L’hôtel particulier prend ici différentes formes. Besançon conserve notamment une forte tradition de l’hôtel sur rue, avant de voir apparaître au XVIIIe siècle le modèle entre cour et jardin d’influence parisienne. Derrière ces compositions architecturales se dessine surtout une certaine relation à la ville : vivre au cœur d’un tissu urbain dense tout en ménageant, à l’intérieur de la parcelle, des espaces de transition, de représentation et d’intimité. Plusieurs siècles plus tard, cette organisation continue de donner leur caractère à certaines adresses du centre ancien. C’est peut-être là que réside l’un des charmes les plus singuliers de Besançon : une partie de son patrimoine se vit encore de l’intérieur.

Hôtel particulier en pierre avec jardin à Besançon

Derrière les façades, une autre Besançon se dévoile

Le centre ancien de Besançon possède une architecture qui se découvre par étapes. L’Inventaire régional décrit des demeures étroitement insérées dans le tissu urbain, avec des jardins dissimulés derrière les constructions. Dans ce contexte, l’hôtel particulier entretient une relation particulière avec la rue. L’hôtel sur rue constitue d’ailleurs le type le plus fréquent parmi les hôtels bisontins étudiés. Le premier corps de bâtiment borde directement la voie. Une porte cochère ouvre vers l’intérieur de la parcelle et conduit à une cour autour de laquelle peuvent s’organiser plusieurs logis. La façade donne ainsi une première indication sur la demeure, tandis qu’une partie essentielle de son architecture se développe en profondeur. Portes cochères, passages, cours, bâtiments secondaires et escaliers composent une succession d’espaces entre la rue et les appartements. Cette progression permet de saisir ce qui distingue certaines demeures du centre historique : leur architecture appartient pleinement à la ville tout en créant, à l’intérieur de la parcelle, un univers résidentiel distinct. C’est aussi ce qui rend la promenade dans Besançon particulière. Une porte ouverte suffit parfois à révéler une cour et une architecture dont la rue laisse seulement deviner l’existence.

Quand Besançon affirme son goût pour les grandes demeures

La concentration d’hôtels particuliers dans le centre ancien trouve une partie de son explication dans l’histoire politique et sociale de la ville. Le rattachement définitif de la Franche-Comté à la France en 1678 ouvre une nouvelle période. Besançon devient capitale régionale en 1681 sous Louis XIV. Au siècle suivant, la présence du parlement et des administrations royales accompagne l’installation d’une société de parlementaires, d’officiers et de hauts fonctionnaires qui participe au renouvellement de l’architecture privée. Le XVIIIe siècle occupe ainsi une place majeure dans le patrimoine résidentiel bisontin. Les ressources du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon recensent plus de 65 hôtels particuliers datant du siècle des Lumières, avec une accélération des constructions à partir des années 1730. Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus générale de Besançon. Les rues et les alignements évoluent, de nouvelles promenades apparaissent et de grands équipements modifient le paysage urbain. L’actuelle rue de la Préfecture est tracée dans les années 1770 et Claude-Nicolas Ledoux construit le théâtre entre 1778 et 1786. Les demeures privées participent à ce mouvement. Elles traduisent le statut de leurs commanditaires autant que l’évolution des manières d’habiter. L’hôtel Perreney de Grosbois en offre un exemple documenté. Reconstruit en 1735, il accueille dans la seconde moitié du XVIIIe siècle deux premiers présidents successifs du parlement de Franche-Comté, qui y réalisent également des aménagements intérieurs. L’architecture domestique devient ainsi l’un des témoins de l’affirmation politique et sociale de Besançon au siècle des Lumières.

La cour et l’escalier, au cœur de la demeure bisontine

Dans l’hôtel particulier, la cour occupe une fonction centrale. Elle distribue les accès, apporte de la lumière aux différents corps de bâtiment et assure la transition entre la rue et les espaces privés. Selon la configuration de la parcelle et l’importance de la demeure, elle devient également un espace de représentation. L’arrivée prend alors la forme d’une succession : portail, passage cocher, cour, escalier, appartements. Cette progression donne une place particulière à l’escalier. L’Inventaire régional relève la présence d’escaliers à cage ouverte dans plusieurs typologies bisontines. Certains constituent l’un des éléments architecturaux majeurs de la demeure. Rue Moncey, un hôtel inventorié conserve par exemple une aile en pierre de taille entièrement consacrée à son escalier d’honneur, identifié comme la partie la plus remarquable de l’édifice. Cette importance de l’escalier possède une histoire plus ancienne. Au XVIe siècle, le palais Granvelle introduit à Besançon un escalier d’honneur dont le principe exerce ensuite une influence locale sur plusieurs hôtels particuliers de la même période. Dans ces demeures, circuler appartient donc pleinement à l’architecture. La cour et l’escalier accompagnent le passage progressif de l’espace urbain vers les pièces d’habitation et participent à la manière dont la demeure se révèle.

De l’hôtel sur rue à l’hôtel entre cour et jardin

Cette architecture résidentielle évolue au XVIIIe siècle sous l’influence de nouveaux modèles. Besançon conserve la tradition locale de l’hôtel sur rue, particulièrement adaptée à la configuration du centre ancien. Dans le même temps apparaît une autre composition : l’hôtel entre cour et jardin, que la documentation patrimoniale de la Ville de Besançon qualifie de modèle « à la parisienne ». L’organisation change. Dans cette composition, le corps de logis principal prend davantage de distance avec la rue. La cour le précède tandis que le jardin se développe de l’autre côté des appartements. Cette évolution accompagne l’influence croissante de Paris sur les arts et l’architecture bisontine au XVIIIe siècle. L’Inventaire régional relève à cette période une atténuation progressive des particularismes de l’architecture privée locale, alors que la capitale devient une référence artistique majeure. Besançon conserve ainsi dans son patrimoine deux manières d’organiser la grande demeure urbaine. L’une s’inscrit directement dans la rue et développe son architecture à l’intérieur de la parcelle. L’autre introduit une composition entre cour, corps de logis et jardin. Cette diversité fait aujourd’hui partie de la richesse du patrimoine résidentiel de la ville.

Fenêtre ancienne entourée de végétation sur une façade en pierre à Besançon

Habiter aujourd’hui dans une demeure de plusieurs siècles

Les hôtels particuliers de Besançon ont continué d’évoluer après leur construction. L’Inventaire documente des changements de distribution, des transformations de bâtiments secondaires, des surélévations et des créations de logements. Une partie de ces anciennes demeures accueille aujourd’hui plusieurs appartements. L’histoire de l’hôtel particulier se poursuit alors à travers de nouvelles manières de l’habiter. Certains logements conservent des éléments issus de ces architectures anciennes : volumes, parquets, boiseries, cheminées, perspectives ou décors. Les espaces communs peuvent également préserver la cour, l’escalier et les circulations héritées de la demeure initiale. Habiter l’un de ces appartements signifie donc vivre à l’intérieur d’une architecture conçue à une autre époque, puis transformée au fil des générations. Cette situation donne aux propriétés du centre ancien une diversité considérable. Deux appartements situés dans une même rue peuvent appartenir à des histoires architecturales très différentes. La nature de l’édifice, son organisation initiale, les transformations successives et les éléments conservés participent directement à leur caractère. Pour l’immobilier ancien, connaître l’histoire du bâtiment permet alors d’aller plus loin que l’apparence d’un appartement. La cour, l’escalier, la distribution, les décors et la relation entre les différents corps de bâtiment replacent le logement dans l’architecture plus vaste dont il est issu.

Une autre manière de regarder Besançon

La Citadelle, les fortifications de Vauban et la boucle du Doubs constituent les grands repères de Besançon. Les hôtels particuliers racontent une autre dimension de la ville, plus domestique et plus intime. Ils parlent de ceux qui l’ont habitée, de l’évolution de ses quartiers et de différentes manières de faire entrer la lumière, de circuler ou de préserver une cour et un jardin au cœur d’un tissu urbain dense. Ils racontent également une ville dont une partie du patrimoine continue d’être habitée. C’est probablement ce qui rend ces demeures particulièrement intéressantes aujourd’hui. Leur architecture appartient à l’histoire de Besançon tout en restant présente dans la vie quotidienne de ceux qui occupent désormais ces lieux. Regarder les hôtels particuliers permet ainsi de découvrir la ville autrement. Une façade devient le premier plan d’une architecture qui se prolonge derrière elle. Une porte cochère ouvre sur une cour. Un escalier révèle plusieurs siècles de transformations. Le caractère de Besançon se trouve aussi là : dans cette profondeur discrète, au cœur même de la ville.

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